Ce qu’un livre contient.

J’avais envie de parler de livres, de ce qu’ils sont, de ce qu’ils deviennent. Je voulais parler de ce que les livres ont dans le ventre. Parler de ce que contient le livre, pas seulement des mots, pas seulement des phrases, mais de ce qu’il y a en plein coeur du livre, ce qui le traverse de la première à la dernière page.

Ce qu’un livre contient, et c’est définitoire de ce qu’est le livre, c’est d’autres livres. On ne lit pas Nelligan sans lire Rimbaud à travers, ou Villon, ou Marot. On ne lit pas Michel Tremblay sans y lire aussi des traces d’Aristophane, de Shakespeare, de Gratien Gélinas. Un livre, par définition, est une extension d’autres livres, et il existe ainsi, avec dans le ventre un mur impressionnant de prédecesseurs.

Mais nous avons appris à l’école qu’un livre vient de son auteur, qu’il naît spontanément, mieux, qu’il apparaît quelque part, à un moment, et qu’il n’est que le fruit de l’être qui le produit. Un livre n’est pas un produit. Un livre n’est pas la somme de ses parties, mais l’extrait, le morceau d’un large et profond casse-tête. Et ce en quoi ceci nous intéresse, c’est qu’il faut, pour écrire, apprendre à lire. À lire souvent, avec amour, avec fatigue parfois, avec curiosité toujours. Un livre naît dans d’autres livres. L’auteur ne le crée pas, il le trouve.

J’entends lecture au sens large. Voir un spectacle ou une toile, écouter un film ou une musique, ce sont aussi des lectures, tout aussi fortes, tout aussi évocatrices que le livre lui-même. Lire, ce n’est pas lié à un objet mais à une façon d’être sensible à ce qui est devant nous.

Dans son essai La bulle d’encre, Suzanne Jacob compare l’écriture au piano : on écrit un livre comme la pianiste joue une partition. Avant de poser les doigts sur le clavier, l’artiste lit la partition. Annoter un texte, le corriger, le réécrire, c’est s’assurer que la partition et la mélodie concordent, qu’ils ne font qu’un.

On litnon seulement des livres mais le monde : on lit les visages, les respirs, les humeurs et le temps. On lit sa propre vie avec nos propres yeux de pianiste, toujours à l’affût des détails, de la note qui accroche, de celles qui emportent.

Lorsque j’entame un projet, un des exercices que j’aime particulièrement faire est celui de l’arbre généalogique. C’est surtout utile quand j’ai l’impression d’avoir perdu mon chemin. Armé d’un crayon, et d’une feuille vierge, j’essaie de constituer la généalogie de ce projet. Je tente de rapatrier, sans souci de chronologie, le livre, le film ou la musique qui a été son premier parent. Mon livre a-t-il un père, une mère? Qui sont les parents de ses parents? Mon livre a-t-il un frère, une soeur? A-t-il des enfants? De quoi auront-ils l’air?

Savoir d’où on vient, de quoi vient notre pulsion d’écrire, c’est souvent replonger dans ce qui nous anime. C’est aussi retrouver l’essence, la base de ce qui nous force à écrire.

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