Du pouvoir de l’acte deux.

Nous vivons dans une culture de l’échec glorieux.

Bien sûr, l’échec n’est jamais agréable à vivre. Mais il se trouve aujourd’hui glorifié, célébré comme un rite de passage, comme la pierre angulaire d’une action déterminée et novatrice. Nos success stories sont conçues sur la base d’un échec dont on est ressorti grandi, neuf, nouveau et plein d’humilité, de bonté et de confiance.

Dans son essai Rising Strong, l’auteure et chercheure américaine Brené Brown s’est intéressée à cette définition de l’échec comme succès. N’importe quel.le professionnel.le ou entrepreneur.e, de nos jours, prend soin de raconter ses échecs. On organise des conférences, des festivals où l’échec est à l’avant-plan. Ce n’est plus une marque d’humilité, mais une manière de montrer son humanité et d’asseoir ses réussites : j’ai échoué, mais je suis là maintenant, j’’ai donc doublement réussi.

Cette définition de l’échec n’est pas fausse, mais elle est incomplète. Parce que l’échec n’est pas ce professeur taciturne que nous présentent les citations inspirantes de Facebook. L’échec est exigeant, blessant, et force à tout remettre en question. On ne sent jamais bien lorsqu’on est face contre terre. Et ce qui est toxique dans notre glorification de l’échec, c’est qu’on oublie la part de déception, de vulnérabilité et de fragilité que le sentiment d’échec provoque.

Pour décrire cet état de totale désorientation, Brené Brown utilise le schéma narratif classique : à l’acte un, le protagoniste est appelé à l’aventure. La fin de l’acte est marquée par l’arrivée d’un élément déclencheur qui vient compliquer la réalisation de la tâche.

C’est le début de l’acte deux. Nous sommes face contre terre. Avant d’arriver à l’acte trois où on transpercera la bête et où on sera enfin vainqueur.e (ce que Brown appelle la rédemption), il faut passer par une série de remises en question, de tentatives échouées, d’abandons, de déceptions et surtout d’insécurité. Personne ne sait ce qu’il fait quand il est en situation d’échec. On ne peut pas se fier qu’à sa résilience. On ne peut pas traverser l’échec sans ressentir la douleur cuisante qu’il impose.

Supprimer cette partie de l’histoire, l’enjoliver à coups de phrases inspirantes et de résilience, c’est supprimer la chose même qui fait que nous nous sommes relevés. On se relève pas grâce à sa force ou à son courage. On se relève parce qu’on a tout essayé, parce qu’on a été désespéré, triste, déçu et amer, avant de trouver la porte.

One Reply to “Du pouvoir de l’acte deux.”

  1. J’ai un jour peint une toile intitulée « S’échouer pour revenir au monde », une autre nommée « Quand La vie bat de l’aile », une autre qui s’intitulait « Se relever » et une dernière avec le titre ultime « Sortir la tête hors de l’eau » … tout ça échelonné sur plusieurs années. Et oui derrière tout ça il y a eu doute, faiblesse, désespoir et tout ce que tu sais si bien nommer. La création (de soi et de ce qui nous habite) ne se fait jamais sans douleur…

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