Apprendre à jouer.

Je ne suis pas un partisan du sérieux à tout prix. À vrai dire, je crois plutôt être de l’autre camp – celui des joueurs.

Il est difficile de parler de plaisir, de créativité et de joie sans projeter l’image d’un éternel jovialiste. Ceci dit, je crois qu’il y a de véritables bienfaits à se connecter à notre instinct naturel de joueur. L’enfant qui grandit dans un environnement sain joue : c’est sa façon à la fois de comprendre le monde et d’y faire face.

4997659Dans son essai intitulé Play : How it Shapes the Brain, Opens the Imagination, and Invigorates the Soul, le psychiatre Stuart Brown s’intéresse à la mécanique du jeu, à ses effets sur le cerveau et sur l’évolution. Ce qu’il met en lumière aussi, c’est que le jeu appartient à la plupart des espèces animales, même à l’âge adulte. La question du pourquoi, de la nécessité du jeu, l’a taraudé. Il apporte dans son essai certaines pistes intéressantes.

D’abord, le fait de jouer contribue au développement des habiletés sociales et de l’intelligence émotionnelle. Les animaux jouent pour en apprendre davantage sur leur environnement et apprivoiser les dangers qui s’y trouvent. Brown cite également dans son essai le travail du neuroscientifique Sergio Pellis et du spécialiste John Byers qui voient un lien positif entre le développement du cortex frontal et la variété et l’importance du jeu chez l’animal et l’humain.

Brown avance également que nous sommes programmés pour jouer, comme enfant et comme adulte. Nous avons cette impulsion de chercher le plaisir, dans notre travail et dans nos loisirs. Nier cette quête mène souvent à l’épuisement ou au surmenage et a un impact négatif sur notre humeur générale.

Mais qu’est-ce que jouer? Pour Stuart Brown, le jeu est un état d’esprit : ce n’est pas une chose en soi. Différentes personnes jouent de différentes manières, mais ce qui leur est commun, c’est le fait que l’activité est, en apparence, dénuée d’objectif (elle est appréciée pour elle-même), volontaire, provoque un sentiment immédiat d’attraction (elle est excitante, plaisante) et qu’elle semble suspendre la perception de soi et du temps qui se déroule. Ainsi, si pour certains le sport est un jeu, d’autres « joueurs » y verront davantage un espace performatif.

L’art entre aussi dans cette définition. Lorsque l’art est motivé par un statut à atteindre, ou un résultat à obtenir, alors l’artiste se trouve démuni. S’il n’y a pas une once de plaisir dans la démarche, le résultat lui-même s’en ressentira.

C’est ce qui m’a le plus marqué dans cette lecture de Brown : nous avons besoin de structure autant que d’anarchie, et le jeu est un espace médian entre ces deux pôles. Aborder les choses avec une certaine légèreté, même dans les contextes les plus sérieux, n’est pas nécessairement « faire l’imbécile heureux » ; c’est souvent une façon un peu plus objective de voir les choses.

À quand date la dernière fois où vous avez le sentiment d’avoir « joué pour vrai »? Quelle activité réussit pour un instant à vous faire oublier qui et où vous êtes?

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