Quand la dépression se taille une place.

Cet article a d’abord été écrit et publié en anglais.

Je ne sais pas si je serai capable d’écrire ce texte, encore moins de le traduire et de le publier. Je l’écris en anglais parce que le français, ma langue d’origine, est pleine de mes propres biais, sans compter le fait que mes amis, mes clients, ma famille, lisent principalement en français.

L’anglais est ma deuxième langue. Je découvre en cette langue une façon d’exprimer des choses que je ne pensais pas pouvoir exprimer par des mots. Mon travail d’écrivain a cette sorte d’impact : je comprends comment ne pas dire les choses en français, comment déguiser ma pensée et mes idées pour les rendre acceptables, pour moi au moins.

Dans un billet récent j’écrivais sur mes peurs, mes doutes et insécurités. J’ai trouvé une façon de dire les choses sans me « mettre en danger ». J’avais peur, si je nommais trop clairement les choses, de perdre du travail.

Le mot est épuisement. Le mot est dépression majeure. Le mot est bouleversement.

J’ai encore peur de le dire,  parce que parler de dépression ne sonne pas à mes oreilles comme « un bon move » pour mon travail. J’ai peur de perdre des clients, peur qu’on ne me fasse plus confiance parce que je lutte parfois pour continuer de travailler. Mais j’ai besoin de travailler, besoin de continuer de gagner ma vie à mon propre rythme.

Saluer la mer est né en septembre 2017, et j’ai vraiment senti à ce moment que j’étais à la bonne place. Tout mon travail semblait aligné avec la personne que j’étais. Je crois encore que Saluer la mer est un de mes meilleurs moves, et je ne veux pas que ça se termine. Mais alors que des projets d’envergure prenaient place, la dépression aussi s’est glissée, avalant du coup une partie de mon enthousiasme.

J’ai besoin d’en parler. J’ai besoin de briser le silence ou le tabou qui entoure la dépression, la mienne comme celle des autres. Être en dépression ne signifie pas toujours être incapable de faire quoi que ce soit. Parfois, il s’agit d’un besoin de plus d’espace, de plus de temps et de compassion pour soi-même. Je travaille encore, non seulement parce que j’en ai besoin, mais aussi parce que ça me donne envie de continuer. Faire ce que je fais est inspirant; ça m’apporte de la joie, de la confiance en moi. Ça m’aide à me sentir utile et apprécié.

J’ai le privilège d’être mon propre patron, de faire mon propre horaire. Je peux m’adapter à mon énergie du moment et à mes émotions. Pour moi ça vaut tout l’or du monde. Beaucoup de gens n’ont pas ma chance. Beaucoup doivent cacher leurs émotions, ravaler leur souffrance parce qu’ils ne peuvent pas se permettre d’arrêter ou de ralentir la cadence.

Je veux qu’ielles sachent que c’est correct de ne pas se sentir au top. Que c’est correct que prendre le temps nécessaire, même lorsqu’on en a peu, et de demander de l’aide. Je l’ai certainement fait. Je ne pourrais pas écrire ces mots si je n’avais pas autour de moi un solide réseau de gens qui m’accompagnent, des amis comme des professionnels.

Je veux aussi arrêter d’être qui on voudrait que je sois et être la version brute, sans filtres, de moi-même.

Ça prendra du temps. Ce ne sera pas toujours facile. Mais je veux qu’on sache que je suis encore là, que je vis encore, et que je travaille fort à devenir pleinement moi.

Si vous sentez que vous avez besoin d’aide, parlez-en, que ce soit à un ami, à votre famille, ou à un professionnel. Voici deux sites web à aller voir si vous vous sentez au fond.

http://www.aqps.info/
https://thelifelinecanada.ca/help/call/

 

2 Replies to “Quand la dépression se taille une place.”

  1. Je suis fière de toi, mon cher Nathaël. Puisse l’avenir faire tomber les tabous autour de la dépression. Grâce à des êtres éloquents comme toi, nous y arriverons.

    Quand je lis : «Mon travail d’écrivain a cette sorte d’impact : je comprends comment ne pas dire les choses en français, comment déguiser ma pensée et mes idées pour les rendre acceptables, pour moi au moins.» Je réalise qu’on APPREND à ne pas dire, comme à dire. Tout se répond, dans ce texte, bravo! Tu as choisi la voie de la communication, puisse cela alléger ton fardeau. Je t’envoie de la force et de l’indulgence envers toi-même, avant tout.

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  2. Tu es un grand avec une grande âme. On a beaucoup à apprendre avec toi. Sache que rien ne change pour nous , chez nous, mis à part de grandir avec tes paroles et de forcer la réflection et l’attention porter à cette situation qui peut arrivée au moment où on s’en attend le moins…. gros câlins remplis de belle ondes 😘

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