Ce que ma voix est devenue.

Je crois que la vie nous met souvent exactement là où nous devons être. Paradoxalement, je crois aussi que nous sommes totalement libres. L’idée de « destin », avec toute la fatalité qui la précède, m’apparaît parfois comme une simple façon de se détacher de ses responsabilités. Chaque décision que l’on prend, je crois, a une incidence sur qui on est. Sur le bon conseil d’une amie proche de moi, j’essaie d’apprivoiser l’idée que le passé est ce qu’il devait être, qu’il est parfait comme il a été et devait se réaliser ainsi.

Je suis à un moment charnière dans ma vie, où je sens que je deviens un nouveau moi, un moi qui jusqu’ici avait toujours eu peur de prendre sa place. Je tente d’être plus tendre envers moi-même, même lorsque des souvenirs plus difficiles remontent à la surface. Je commence à croire non seulement en moi, mais en le chemin qui m’a mené jusqu’ici.

Il y a deux ou trois ans, l’idée d’avoir un espace pour m’exprimer pleinement et sans artifices m’était totalement nouvelle. Je n’avais jamais ressenti jusque-là cette urgence de dire sans me cacher derrière les mots.

Ce que j’ai écrit durant cette période était moins authentique qu’efficace.

Je voulais faire partie d’une communauté de jeunes poètes, artistes, écrivains très différents de moi. Je voulais être un écrivain qui frappe fort, qui attaque. Que ma parole soit importante et puissante, qu’elle choque ou bouscule, qu’elle soit fine, ciselée, précise, comme les auteur.e.s que je dévorais. Thomas Bernhard, Samuel Beckett et Elfriede Jelinek avaient tous en eux de ce feu qui m’animait.

Mais ils avaient aussi de cette meurtrissure, de cette blessure irréparable et répétitive dans le ventre. Cette réalisation m’a frappé, et j’ai fini par comprendre que ce n’était pas moi qui parlais dans mon écriture, mais eux. Eux les écrivains de la douleur, et aussi ceux qui la donnaient en spectacle, qui la mettaient à vendre. J’ai compris que je ne souhaitais pas envenimer ma blessure ni la mettre au jour; je voulais l’apaiser. Et mes mots avaient ce pouvoir-là de calmer les blessures.

Mon écriture a gagné en lumière, en simplicité. Je resterai toujours un romantique dans l’âme, mais je me plais à épurer la parole, à en gratter les enluminures pour conserver le nécessaire. Je me suis donné le droit de parler de croyances, de magie, de beauté, parce que je crois que c’est à cela que la poésie (et toute la littérature, et peut-être toute la création) sert.

Et si je sens que je suis encore sur la route (arrive-t-on vraiment au bout un jour?), je crois que je suis aujourd’hui un écrivain plus complet et plus humain que je ne l’ai jamais été.

 

 

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