Des fois t’as juste peur, aussi.

Il est 23h45 en plein mardi et tu es couché dans ton lit, la tête sur l’oreiller, les lumières grandes allumées dans ta chambre. La lumière du dessus éclaire déjà pour quatre pièces, mais tu as quand même allumé la lampe de chevet. Ce n’est pas encore la nuit pour toi. Tu n’en as pas envie.

La nuit, parfois, ça veut dire le sommeil, les rêves, le repos, le calme. La nuit parfois ça veut dire un temps d’arrêt où le cerveau se repose, où les idées se rétractent, où tout ça, ça s’apaise.

Mais la nuit parfois ça veut dire les yeux grands ouverts dans la lumière parce que t’as trop peur du noir.

C’est pas tant l’obscurité qui te fait peur que tout ce qui vient avec. C’est ce qui te fait scroller Facebook jusqu’à quatre heures du matin, ce qui te fait tourner en rond, ce qui te fait parler ou rire trop fort dans les soirées entre amis, ce qui fait que tu dis en souriant que « t’es pas tenable », que tout est donc ben le fun / excitant / plaisant.

Quand on te demande si ça va, tu réponds que « ça va vite ». Tu réponds que tu travailles sur tel ou tel autre projet, que ça se bouscule, que t’as littéralement pas le temps de souffler, et ça c’est un peu vrai. C’est vrai que tu as un million de projets dans la tête et dans le coeur, t’as juste pas la force de les réaliser. Ou plutôt, tu ne l’as plus. Parce que personne peut rouler à cette vitesse-là sans finir par frapper un mur. Et ce mur-là, tu l’as en pleine face, à pleines dents.

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FreeImages.com/Stacy Brumley

C’est pas l’obscurité qui te fait peur, c’est le silence. Le silence qui se transforme en déferlante de mots, de pensées, de sentiments de pas être à la hauteur, de pas en faire assez, de jamais en faire assez, parce que la barre, elle est toujours plus haute, peu importe les efforts que tu fais.

Tu essaies d’être positif, de ne pas te laisser ensevelir dans la douleur, mais y a des jours où ça te dépasse, où c’est grand comme la mer. Des jours où tu t’effondres. Des jours où tu encaisses les coups en silence, en sachant bien que ça va se révéler le soir, dans ton lit, que les larmes vont remonter à la surface comme une rivière qui ne s’arrête pas.

Sans t’en apercevoir, tu t’es créé une vie où tu es obligé d’être heureux. Et la pression de ce bonheur-là devient tellement forte, tellement grosse que finalement tu ne sais plus vraiment c’est quoi, être heureux. Tu as juste appris à le montrer, à être bon et généreux et plein de gratitude. Tu te self-helpes jusqu’à t’en arracher la peau, tu t’aimes à t’en écoeurer de toi-même.

Mais tu apprends. Tu te découvres au long du chemin. Tu apprécies chaque petit geste que tu fais. Tu célèbres la douche que tu prends, le repas que tu manges, le rire aux éclats que tu as eu. Tu apprends qu’on n’est jamais fait que de bonheur ou que de malheur, qu’on est toujours un peu des deux. Tu essaies de redéfinir ce qui te fait plaisir, ce dont tu as envie. Tu apprends à t’aimer assez.

Tu réalises qu’il y a des gens extraordinaires dans la vie ordinaire. Des fois, tu es juste bien. Des fois, tu as juste peur aussi. Et les deux coexistent, et c’est pas plus grave. L’essentiel, c’est ça, finalement. Tu apprends à être bien dans le milieu. Même quand ça bourrasque, même quand ça brasse, tu apprends à être totalement toi.

Tu es juste humain, et c’est ça qui est beau. Même quand tu ne le vois pas, tu es beau.

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